Skip to main content

Full text of "Edition Des Livres D'architecture En Français Dans L' Angleterre Du XVIII"

See other formats


LEDOUX ET LE LIVRE 
D’ARCHITECTURE 
EN FRANÇAIS 


L’ÉDITION DES LIVRES D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS 
DANS L’ANGLETERRE DU XVIII e SIÈCLE, 

PAR OLGA MEDVEDKOVA 


Il n’est pas nécessaire d’insister sur le fait qu’au 
xvm e siècle, les nouvelles formes architecturales 
circulent à travers l’Europe en grande partie 
grâce aux éditions gravées. De même sommes- 
nous parfaitement conscients que les formes 
architecturales dites « classiques » sont parti- 
culièrement tributaires des publications des 
antiquités gréco-romaines, réalisées non seule- 
ment par les architectes, mais aussi par les savants 
antiquaires, voyageurs, dessinateurs, graveurs, 
hommes de lettres. Dans l’atmosphère d’un 
intérêt particulièrement vif pour les cose antiche, 
ces publications sont rapidement traduites, 
retraduites, regravées. Mais elles peuvent éga- 
lement être publiées en langues autres que celle 
du pays de l’édition. L’exemple le plus célèbre 
serait la publication des dessins des thermes 
romains d’Andrea Palladio par lord Burlington, 
avec une préface en langue italienne 2 . 

Le corpus dont nous avons choisi de tracer ici 
les configurations comprend les livres d’archi- 
tecture et des antiquités publiés en Angleterre 
en langue française. Ce corpus fait partie de 
l’ensemble de l’édition française à l’étranger 
au xvm e siècle. Dans leurs nombreux écrits, les 
historiens du livre ont démontré les causes de 
cette montée spectaculaire du livre en français 
à l’étranger. À côté de Genève ou d’Amsterdam, 
Londres, bien que souvent oubliée, était alors 
l’une des grandes capitales de l’édition fran- 
çaise. Non seulement les Anglais proposaient 
sur le marché européen un choix important de 
livres (aussi bien des auteurs français que tra- 
duits de l’anglais), mais les Français eux-mêmes, 
autour de 1750, demandaient de plus en plus 
de livres anglais en français 3 . Au sein de cette 
production, les livres d’architecture se distin- 
guaient considérablement. Ouvrages gravés, 
d’un prix souvent considérable, ils faisaient 
partie des éditions exceptionnelles, visant une 
clientèle spécifique, distribuées souvent par sous- 
cription 4 . Destinés aux élites européennes fran- 
cophones, ils étaient conçus (du choix du papier 


et de la qualité des images gravées jusqu’à la 
traduction) avec un soin tout à fait particulier. 
Il nous paraît important d’inclure ce corpus dans 
l’ensemble d’ouvrages d’architecture qui étaient, 
non seulement regardés, mais aussi lus en 
France, aussi bien par les architectes que par 
leurs commanditaires. 

L’émergence de l’Angleterre sur ce marché 
date des années 1750. Avant cette époque, 
l’Angleterre publie moins d’ouvrages d’archi- 
tecture originaux que de traductions - notam- 
ment à partir du français. Pour s’en convaincre, 
il suffit de se souvenir que les ouvrages clas- 
siques de Palladio et de Vignole furent d’abord 
publiés en anglais à partir des éditions françaises 
de Pierre Le Muet 5 , et l’abrégé de Vitruve à 
partir de celui de Claude Perrault 6 . Il faut citer 
ensuite les traductions des livres de Le Muet 7 , 
de Roland Fréart de Chambray 8 , de Perrault 9 , 
de la Théorie et la pratique du jardinage de 
1 709 10 , de Sébastien Leclerc 11 , etc. Pourtant, 
dès le début du xvm e siècle, les éditeurs britan- 
niques cherchaient à constituer un véritable 
corpus d’architecture nationale. Parmi les publi- 
cations de ce type, l’une des premières fut le 
livre Brittania lllustrata (1 708). Destiné au marché 
international, cet ouvrage fut immédiatement tra- 
duit en français, publié chez le même éditeur 
David Mortier (sans doute d’origine française) et 
proposé aux étrangers sous le titre Nouveau 
Théâtre de la Grande-Bretagne 12 Ce désir de 
glorifier l’architecture britannique se manifesta 
avec encore plus de force dans l’édition du 
Vitruvius Britannicus 13 , qui visait à affirmer la 
position exclusive de l’Angleterre dans l’avant- 
garde de l’architecture classique à prétention 
universelle. 

Au cours du xvm e siècle, plusieurs autres édi- 
tions anglaises furent publiées en version bilingue 
ou française. De toute évidence, ces éditions 
visaient à élargir le champ de diffusion poten- 
tiel. Elles servaient également de publicité à l’art 
anglais que ses promoteurs voulaient présenter 


OLGA MEDVEDKOVA 


comme digne d’apparaître sur la scène euro- 
péenne. Les titres de ce genre de publications 
comprenaient d’ailleurs souvent le mot universal, 
par exemple The Universal System of Household 
Furniture de Wiliam Ince et John Mayhew 14 . 
Certains auteurs et éditeurs des ouvrages impri- 
més en français trahissaient par ailleurs une 
ambition révolutionnaire, en prétendant enrichir 
l’Europe avec des formes nouvelles. Il s’agissait 
notamment de la promotion de l’œuvre de 
Palladio que l’Angleterre s’appropriait, à travers 
la publication en quatre langues, y compris 
en français, des Quattro Libri de Palladio de 
Giacomo Leoni, parus en 1726. Bien que publié 
à La Haye, cet ouvrage se présentait comme 
un livre britannique et moderne qui entrait en 
compétition avec la traduction française dépas- 
sée de Fréart de Chambray 15 . Dans les années 
1750 parurent à Londres simultanément en 
versions anglaise et française les deux célèbres 
ouvrages de Robert Wood et James Dawkins, 
Les Ruines de Palmyre 16 et Les Ruines de 
Ba/bec 17 . Ces ouvrages, révolutionnaires sur 
le plan éditorial aussi bien qu’intellectuel, firent 
naître un nouveau type de publications. Il est 
difficile de ne pas reconnaître l’influence de Wood 
sur les éditions des antiquités anglaises, fran- 
çaises et italiennes de David Leroy, de Robert 
Adam 18 , de James Stuart et Nicolas Revett et 
jusqu’à Piranèse. L’un des ouvrages directement 


influencés par ces éditions fut sans aucun 
doute celui de William Chambers 19 consacré 
aux Édifices , meubles, habits, machines, et 
ustenciles [sic] des Chinois qui parut en 1757, 
la même année que Les Ruines de Balbec . 

Malgré l’exotisme apparent du sujet, ce luxueux Notes en page 82. 
folio présentait les traits spécifiques des éditions 
de Wood. Dix ans plus tard, les stratégies 
woodiennes se retrouvaient dans l’édition 
de Thomas Major consacrée aux antiquités de 
Paestum, parue simultanément en anglais et 
en français 20 . De même que celui de Major, 
l’ouvrage bilingue sur les thermes romains publié 
en 1772 à Londres par Charles Cameron 21 
visait sans doute l’auditoire européen. Bien que 
l’ouvrage de Adam consacré au palais de 
Dioclétien à Spalato ne fût publié qu’en version 
anglaise et qu’il fût très explicitement destiné à 
des lecteurs nationaux, ou encore italiens, les 
Œuvres des frères Adam comportaient un texte 
aussi bien en anglais qu’en français 22 . En 1776 
et 1781 parurent les deux volumes de George 
Richardson 28 , architecte du cercle de Robert 
Adam, qui contenaient des collections de pla- 
fonds et de cheminées décorés par des grotes- 
ques, avec des descriptions en anglais et en 
français. Enfin, en 1 785, pour ne citer qu'un des 
plus célèbres, parut le livre de Horace Walpole, 

Essay on Modem Gardening (Essai sur l’art des 
jardins modernes) 24 . 


73 


LES ANTIQUITÉS BILINGUES 

Dans ce corpus varié, ce sont les éditions en 
français des livres de Wood et de Major qui vont 
attirer notre attention, car elles donnèrent lieu, 
dans les années 1750-1760, à un phénomène 
de la plus grande originalité. Immédiatement 
disponibles en français, ces ouvrages connurent 
une réception rapide et stimulèrent en France la 
naissance du même type d’édition. Bien qu’ils 
aient déjà été étudiés à plusieurs reprises et sous 


des angles différents, la dimension «française» 
de ces ouvrages a été presque totalement négli- 
gée jusqu’à présent. 

Wood, James Dawkins et John Bouverie appar- 
tenaient à la fine fleur de la jeunesse britannique. 
Wood, né en Irlande en 1717, fit ses études de 
droit à l’école classique de Glasgow. À partir 
de 1 756, il entra dans l’administration de William 
Pitt et jusqu’à sa mort détint de hautes fonctions 


CLAUDE NICOLAS LEDOUX ET LE LIVRE D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS 
LA PENSÉE ARCHITECTURALE FRANÇAISE DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES 


L'ÉDITION DES LIVRES D'ARCHITECTURE EN FRANÇAIS DANS L’ANGLETERRE 
DU XVIII e SIÈCLE 


dans les services publics. Dans sa jeunesse, 
il avait beaucoup voyagé en qualité de précep- 
teur, notamment en 1742-1743, à travers la 
Grèce, la Syrie, l’Égypte et la Mésopotamie. En 
1749, il rencontra deux jeunes diplômés 
d’Oxford, Dawkins et Bouverie, tous les deux 
bien nés, fortunés, voyageurs passionnés, ama- 
teurs, collectionneurs, et proches des milieux 
jacobites. Les buts de leur voyage commun à 
bord de la Matilda (vaisseau qui contenait une 
bibliothèque d’érudition classique) étaient mul- 
tiples. Wood, versé dans les études homériques 
et passionné par l’idée de lire les auteurs clas- 
siques «sur les lieux» (ainsi tenait-il absolument 
à visiter Troade, c’est-à-dire l’ancienne Troie 25 ), 
devait s’occuper essentiellement de la topo- 
graphie des sites et des inscriptions. Dawkins 
s’intéressait particulièrement aux costumes et 
aux mœurs, ainsi qu’à la flore et à la faune 
locales. Bouverie, en qualité d’archéologue, 
devait s’occuper des monuments. Il quitta pour- 
tant vite le groupe, puisqu’il mourut le 19 sep- 
tembre 1750 à proximité de Magnesia et fut 
enterré à Smyrne. Ainsi, Wood et Dawkins durent 
se partager sa tâche. Par ailleurs, comme Wood 
le précisait lui-même, l’architecture était au cœur 
de leur curiosité commune. L’édition d’Antoine 
Desgodets Les Édifices antiques de Rome, 
dessinés et mesurés très exactement (1 682) leur 
servant de modèle, ils emportèrent avec eux un 
assortiment des meilleurs instruments de mesure 
et engagèrent comme dessinateur l’architecte 
turinois Giovanni Battista Borra, élève et colla- 
borateur de Bernardo Vittone, déjà connu dans 
le milieu des milordi, notamment grâce à ses 
contacts avec James Caulfield (lord Charlemont), 
membre de la Society of Dilettante. 

Paru en 1 753, Les Ruines de Patmyre était à la 
fois un livre de voyage, d’érudition antiquaire et 
d’architecture. Pour chacun de ces «genres», 
les modèles existaient déjà : ce fut donc le fait 
de les fusionner qui était novateur. Cela signi- 
fiait notamment réunir dans le texte le récit du 


voyage, l’histoire de l’ancien État de Palmyre, 
fondée sur les sources classiques, et un cha- 
pitre sur les inscriptions tiré d’un mémoire de 
l’abbé Jean Jacques Barthélemy 27 consacré à 
la langue palmyrienne. Les images aussi étaient 
diverses : «gravures d’antiquaires» pour les 
inscriptions et les médailles, « gravures d’archi- 
tecture» pour les plans, élévations, coupes, 
détails d’ordres et de décoration et «gravures 
de paysages et de ruines » pour les vues des 
lieux. « Nous allons donner dans nos planches, 
écrivait Wood, non seulement les mesures 
d’architecture, mais aussi la vue des ruines dont 
elles sont tirées, n’y ayant point de méthode plus 
claire ni qui satisfasse d’avantage, car par ce 
moyen nous donnerons une idée de l’édifice tel 
qu’il était en son entier, nous ferons voir son état 
présent de dépérissement, et ce qui est plus 
important, sur quoi nos mesures sont autori- 
sées 28 . » Ainsi, Wood justifiait sa démarche 
uniquement par le souci d’un savant qui ne 
visait que la véracité. Une autre stratégie se 
cachait pourtant derrière cette introduction aux 
« belles » images des ruines dans cet ouvrage 
d’érudition. Il s’agissait de communiquer à un 
livre antiquaire - un genre de plus en plus criti- 
qué en Angleterre car trop austère 20 -, un rayon- 
nement et un prestige nouveaux, en le rendant 
plus agréable et attrayant pour les amateurs, 
non seulement des antiquités mais aussi de l’art. 
Depuis le début du siècle, ces derniers se mélan- 
geaient de plus en plus avec les anciennes élites 
des humanistes, notamment au sein des socié- 
tés savantes 30 . 

De ce point de vue, la stratégie éditoriale de 
Wood apparaissait très clairement à travers le 
choix à la fois du dessinateur-architecte italien 
et des graveurs plus ou moins liés à la tradition 
française. Parmi ces derniers, on trouve notam- 
ment Paul Fourdrinier 31 , d’origine française, pro- 
bablement élève de Bernard Picart, qui travailla 
en Angleterre dans les années 1 720-1760 et fut 
par excellence le graveur de lord Burlington 32 et 


OLGA MEDVEDKOVA 


de son cercle (de William Kent 33 et d’Isaac 
Ware 34 ). Wood utilisa brillamment le potentiel 
que Fourdrinier, en qualité de graveur d’archi- 
tecture, pouvait prêter à son édition. C’est en 
effet à travers ses burins un peu froids mais 
toujours très précis que l’image de l’architec- 
ture « vraie » et « sérieuse », cultivée dans le cercle 
burlingtonien, fut transmise aux éditions de 
Wood. En même temps, pour les vues pitto- 
resques des ruines, celui-ci fit appel à d'autres 
graveurs 35 , parmi lesquels Major. Ce dernier, 
après avoir été élève d’Hubert Gravelot, était 
venu à Paris vers 1745 pour étudier auprès de 
Jacques Philippe Le Bas. En tant qu’Anglais 
il fut, en 1746, emprisonné à la Bastille 36 ; libéré 
grâce à l’intervention du marquis d’Argenson, il 
resta à Paris, rue Saint-Jacques, jusqu’en 1 748. 
Il n’est pas exclu que Dawkins rencontrât Major 
à Paris, lorsqu’il y séjourna en 1748. Major s’y 
était acquis en effet une bonne réputation, parti- 
culièrement dans le domaine de la gravure de 
reproductions de paysages, en interprétant 
aussi bien les œuvres de Berghem 37 et de Philips 
Wouvermans que de Claude Lorrain et de Nicolas 
Poussin. Le catalogue de ses gravures témoi- 
gnait clairement de sa stratégie : une grande 
partie de sa production était destinée à satis- 
faire l’ambition des collectionneurs de tableaux, 
désireux de rendre public le contenu de leurs 
collections 38 . Dès son retour à Londres en 1 748, 
Major continua ses activités de graveur et d’édi- 
teur. Il fut sans doute aussi agent des marchands 
et des connaisseurs français, notamment de 
Pierre Remy 39 . Les gravures de Major commu- 
niquaient à l’ouvrage de Wood un aspect pitto- 
resque en adoucissant la froideur des relevés 
architecturaux et l’ascèse esthétique des images 
antiquaires. L’engagement de Major dans l’entre- 
prise de Wood était sans doute plus important 
qu’on ne le pense. Comme l’avait annoncé le 
Public Advertiser du 8 février 1753, on pouvait 
trouver l’édition fraîchement parue de Wood dans 
la maison de Major sur Chandos Street, près de 


St. Martin’s Lane 40 . C’est sans doute Major qui 
s’occupa de la distribution de la version fran- 
çaise de l’édition en France. 

C'est dans la préface de la version française 
des Ruines de Balbec que parut une remarque 
à propos de la traduction. « Le service de la 
République des lettres, déclarait Wood, ne 
connaît, ou du moins ne doit connaître ni les 
distinctions de patrie, ni les divisions d’intérêt. 
Nous ferons donc paraître notre ouvrage, non 
seulement dans notre langue, mais encore dans 
celle d’une nation voisine, qui, négligeant dans 
ses jugements favorables de nos premiers essais, 
ce qu’une traduction précipitée pouvait leur faire 
perdre, nous a fait éprouver que les efforts qu’on 
fait pour se rendre utile trouvent toujours chez 
elle des lecteurs indulgents 41 .» La mention de 
la République des lettres témoignait avec évi- 
dence de l’ambition essentiellement savante 
de la publication, qui devait propager à travers 
l’Europe les nouvelles données concernant les 
antiquités extra-européennes, que les Anglais 
acquirent au prix d’un voyage dangereux, et 
même fatal pour l’un d’entre eux. Cette attitude 
des serviteurs de la République des lettres 
détermina notamment le style des commentaires 
esthétiques très réduits. Comme Wood l’avait 
parfaitement mis au clair dans l’édition de 1 757 : 
« Rarement des descriptions de ruines, à moins 
d’être accompagnées de dessins et de plans, 
conservent-elles autre chose que la confusion 
du sujet. Nous renverrons donc nos lecteurs, 
comme nous l’avons fait en décrivant les débris 
de Palmyre, presque entièrement à nos planches. 
Nous leur mettrons ainsi sous les yeux des objets, 
que nous ne pourrions décrire avec autant de 
précision ; ils s’en formeront des idées plus 
complètes et moins confuses ; ils s’instruiront 
sans ennui. Nous nous attacherons encore princi- 
palement ici, comme dans notre premier volume, 
à représenter les choses comme nous les avons 
trouvées ; et nous laisserons à d’autres les raison- 
nements et les réflexions. Nous observerons 


CLAUDE NICOLAS LEDOUX ET LE LIVRE D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS 
LA PENSÉE ARCHITECTURALE FRANÇAISE DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES 


L’ÉDITION DES LIVRES D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS DANS L’ANGLETERRE 
DU XVIII e SIÈCLE 


scrupuleusement cette dernière règle dans nos 
descriptions des édifices, et nos lecteurs seront 
les maîtres de juger eux-mêmes des beautés ou 
des défauts de l’architecture. Que si dans notre 
discours préliminaire nous mêlons quelques 
observations qui ne sont pas nécessairement 
liées au sujet, nous ne le faisons que dans la 
vue de mettre un peu de variété dans un recueil 
de faits, qui sans cela serait trop sec et trop peu 
intéressant 42 . » 

Deux choses doivent attirer ici notre attention. 
Premièrement, l’image était considérée par Wood 
comme un document, elle pouvait donc servir 
de preuve à elle toute seule et se passait faci- 
lement de commentaire. C'était par ailleurs un 
moyen qui ne demandait pas de traduction. Il 
est symptomatique que, dans les éditions de 
Wood, les planches ne portent aucune inscrip- 
tion. Cela s’explique bien sûr par le fait que, 
étant « muettes», elles pouvaient figurer dans 
les deux versions, anglaise et française. Mais 
symboliquement, elles étaient « nues » ou muettes 
par définition, faisant figure de vérité. Et s’il y 
avait eu un commentaire, il n’aurait servi qu’à 
«mettre un peu de variété». C’était donc une 
sorte d’ornement, qui ne contenait aucune pré- 
tention théorique, ni aucun jugement de goût 
dont l’absence était en effet une condition sine 
qua non des éditions antiquaires - prérogative 
des membres de la République des lettres. Wood 
publiait donc son livre afin de répandre en Europe 
non pas son goût mais ses découvertes. Cette 
attitude rejoignait paradoxalement celle d’un arti- 
san, tel Desgodets, qui ne faisait que mesurer 
et parlait au nom de la vérité, alors que le burin 
de Jean Le Pautre rendait ses planches quasi 
techniques si fortement attrayantes. 

La redécouverte d’un ensemble architectural 
antique exceptionnel, la relation d’un voyage 
lointain, difficile et dangereux, une ambition 
savante d’authenticité stricte, un caractère non 
normatif, le souci de communiquer à l’édition 
savante une élégance à la française et, par 


conséquent, un grand soin dans le dessin et la 
gravure, tous ces traits placèrent l'édition woo- 
dienne à l’avant-garde de l’édition architectu- 
rale, destinée à la fois aux savants, aux amateurs 
des arts et aux artistes. Plus encore, le livre 
lui-même devenait le « lieu », semblable en cela 
aux salons européens de l’époque, où tous 
ces groupes pouvaient se retrouver, en parlant 
souvent français. Or, la dimension française des 
éditions de Wood comportait les éléments d’une 
autre stratégie. Il s’agissait de promouvoir l’art 
britannique sur la scène européenne. C’est dans 
l’édition de Chambers de 1757 que nous trou- 
vons la première articulation explicite de cette 
ambition. D’ailleurs, le fait que l’on retrouve 
Fourdrinier parmi les graveurs employés par 
Chambers 43 est très significatif. Comme celui- 
ci l’expliquait dans sa préface : « Les planches 
qu’on va voir sont sorties des mains de quelques- 
uns de nos meilleurs graveurs anglais. Ils ne le 
cèdent dans leurs divers genres à aucun de ceux 
de l’Europe, et je n’ai rien épargné pour que 
l’exécution de cet ouvrage répondît à mes désirs 
de le rendre digne de mes lecteurs 44 . » Ainsi, 
il avouait plus que ne disait Wood. 

Cette même ambition, à laquelle le choix du fran- 
çais était en grande partie et explicitement lié, 
réapparaissait avec encore davantage d’évi- 
dence dans l’édition de Major parue dix ans plus 
tard, en 1768, et consacrée aux antiquités de 
Paestum 45 . Major n’avait ni les compétences 
savantes, ni la passion de ses prédécesseurs, 
n’ayant par ailleurs ni voyagé ni dessiné les ruines 
de Paestum. Comme il l’indiquait sur ses des- 
sins préparatoires qui se trouvent au Sir John 
Soane’s Muséum, il utilisa pour ses planches 
des sources diverses : les plans et les élévations 
réalisés par Germain Soufflot (qu’il connaissait 
sans doute grâce aux gravures de Dumont 
parues en 1764^, mais peut-être également à 
travers les dessins originaux 47 ), Stephen Riou, 
Julien David Leroy et Robert Mylne, ainsi que 
certaines gravures de Francesco Bartolozzi 


OLGA MEDVEDKOVA 


d’après les dessins commandés par le comte 
Gazola, et les tableaux d’Antonio Jolli (sur l’au- 
torisation de leur propriétaire sir James Gray) 
qu’il grava comme il avait l’habitude de le faire. 
Cette diversité des sources reflétait aussi bien 
l’histoire très complexe de la «découverte» de 
Paestum que les exigences du nouveau genre, 
dans lequel les vues pittoresques accompa- 
gnaient les images d’architecture. 

Comme l’a démontré Robert Middleton, la struc- 
ture du livre de Major fournit suffisamment 
de preuves pour attribuer son idée à Wood 48 . 
Le texte, notamment, d’une érudition savante 
incontestable, peut lui être attribué. Ce texte 
comprenait une « Recherche sur l’origine et sur 
l’État ancien de Posidonie ou Paestum» nour- 
rie de références classiques citées dans une 
langue originale, une « Description des temples», 
de même qu’une « Dissertation sur les monnaies 
et sur les médailles de Posidonie, ou Paestum », 
due une fois de plus à l’abbé Barthélemy, 
suivie d’une « Description des monnaies et des 
médailles» et d’une «Table des monnaies de 
Posidonie et de Paestum; où on indique d’où 
elles ont été copiées, et dans quelle collection ». 
Le nom de l’abbé parisien servit sans doute à 
l’éditeur de recommandation auprès d’un réseau 
d’antiquaires qui lui communiquèrent, à la 
suite de Barthélemy lui-même, les dessins des 
médailles qu’ils possédaient. Une liste impres- 
sionnante de collectionneurs, ajoutée à celle des 
souscripteurs, augmentait le prestige du livre et 
indiquait clairement le milieu que visait l’éditeur. 
Par ailleurs, l’engagement de l’abbé Barthélemy 
dans ces affaires reste à éclaircir. Ce fut lui 
notamment qui, dès 1755, prévenait le comte 
de Caylus des dangers des éditions précipitées 
de Leroy et de Soufflot-Dumont, face aux 
ouvrages anglais et italiens en préparation 49 . 
Quant à Major, une édition du type woodien 
déjà reconnu pouvait lui servir d’enseigne en 
démontrant ses capacités de graveur face aux 
connaisseurs européens. La traduction française 


de l’ouvrage, qui faisait partie de la stratégie de 
Wood, prenait dans ce contexte un autre accent. 
Comme Major l’écrivait dans sa préface : «Afin 
de faciliter aux étrangers la connaissance de cet 
ouvrage, on en a donné une traduction française. 
Le graveur saisit avec plaisir l’occasion d’offrir 
ici à la nation une marque de sa gratitude et de 
ses égards, en retour des politesses et des ins- 
tructions qu’il reçut de ses artistes, tandis qu’il 
travaillait à se perfectionner à Paris : obligation 
dont le sentiment ne s’affaiblira jamais chez 
lui 50 . » Plus encore que Chambers, Major affir- 
mait son intention de promouvoir l’art britan- 
nique devant le public européen : «Qu’il lui soit 
permis en finissant de faire remarquer ici [et il le 
fait avec un plaisir sensible] les progrès distin- 
gués de ses compatriotes dans les différents 
arts. Ces succès sont dus aux encouragements 
et à la générosité du public. Les divers morceaux 
entre autres de peinture et de gravure, exposés 
chaque année dans les salons de Londres, 
détruisent pleinement l’accusation que l’on s’est 
quelquefois plu de reprendre, que l’unique et 
méprisable but de nos artistes n’était que 
d’accumuler de l’argent, sans aucun égard à la 
perfection de l’art. Leurs progrès démentent 
encore l’opinion peu favorable qu’ont pu nour- 
rir quelques étrangers sur les talents des artistes 
anglais. Si on daigne faire attention aux désa- 
vantages auxquels ils se trouvent exposés, et 
qui les traversent, tels que de ne point avoir en 
Angleterre d’académie publique, et d’être obli- 
gés, pour la plupart, d’aller à grands frais perfec- 
tionner leurs études dans un pays étranger, on 
sera surpris des progrès considérables qu’ils ont 
faits. La force naturelle du génie national n’est 
peut-être pas moins capable de se distinguer 
dans les divers arts libéraux que dans les 
sciences les plus abstraites 51 . » Ce fut sans doute 
cette stratégie qui permit plus tard à Major de 
faire une carrière académique importante en 
devenant, en 1770, le premier graveur associé 
de l’Académie royale. 


CLAUDE NICOLAS LEDOUX ET LE LIVRE D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS 
LA PENSÉE ARCHITECTURALE FRANÇAISE DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES 


L’ÉDITION DES LIVRES D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS DANS L’ANGLETERRE 
DU XVIII e SIÈCLE 


Le corpus que nous venons de décrire 
comprend donc des ouvrages de toute première 
importance, novateurs aussi bien par leur 
contenu que par leur forme éditoriale. La ver- 
sion française de ces ouvrages, imprimée à 
Londres en même temps que la version anglaise, 


faisait partie de la stratégie intellectuelle et 
commerciale de leurs éditeurs. La référence 
française était au cœur même de leurs entre- 
prises. Elle reflétait par ailleurs souvent les 
relations personnelles des acteurs de ces entre- 
prises avec la France. 


LES ÉDITIONS DE WOOD ET DE MAJOR ET LA FRANCE 


Ouvrages à la fois d’érudition et d’architecture, 
richement illustrés et superbement édités, parus 
à Londres mais immédiatement disponibles en 
français, ces livres ne pouvaient pas ne pas avoir 
d’impact en France. Or, la nature de ce dernier 
est souvent difficile à cerner. Le caractère poly- 
valent des ouvrages publiés ou influencés par 
Wood, qui visait aussi bien les milieux d’érudits 
et d’architectes que d’amateurs, leur valut une 
réception à caractère multiple. Apparemment, 
les éditions de Wood furent d’abord moins remar- 
quées dans les milieux d’architectes que dans 
ceux d’amateurs (signalons en passant la pré- 
sence d’un exemplaire des Ruines de Paimyre 
en français dans la bibliothèque du roi 52 ). L’une 
des raisons se trouvait sans doute dans la nature 
de l’architecture dont traitaient ces ouvrages. Il 
s’agissait en effet de l’architecture romaine de 
l’époque impériale tardive, abondamment décorée 
et associée à l’idée de la décadence que la 
théorie architecturale française rejetait depuis le 
milieu du xvii® siècle. Ce rejet prit un nouvel essor 
à partir des années 1 750, période où Rousseau, 
dans son Discours sur les sciences et les arts, 
stigmatisait le luxe et les « délicatesses fausses » 
des empires en leur opposant « les beautés mâles 
et fortes » et la « simplicité des premiers temps ». 
Ces idées reçurent ensuite un développement 
au sein de la controverse gréco-romaine des 
années 1750-1760. Or, les ouvrages de Wood 
contenaient, dans leur partie purement archi- 
tecturale, des détails d’une richesse et d’une 
diversité ornementale exceptionnelle et frappante. 


Agrandis et présentés « à la Vignole», ces formes 
se percevaient comme des formes quasi cano- 
niques. La participation de Borra, riche de son 
expérience acquise au cours de préparation d’un 
Vignole par son maître Vittone, n’y était pas sans 
conséquences. Mais ces images reflétaient 
surtout l’attitude de Wood. En effet, son ton 
neutre de savant s’interdisant un jugement esthé- 
tique ne pouvait laisser entièrement échapper 
aux lecteurs attentifs ses réflexions sur l’archi- 
tecture. Bien qu’il prétendît n’avoir d’autre 
ambition que de faire connaître un univers archi- 
tectural, connu jusqu’à présent à travers des 
éditions imparfaites et imprécises 53 , Wood 
dressait, en quelques mots, sa perception de 
l’art de bâtir. Il trouvait en effet l’architecture 
palmyrienne « superbement ornée de beautés 
frappantes, mais qui ne sont pas sans défauts 
visibles 54 ». Il remarquait que parfois «on sacri- 
fia entièrement les proportions à la parure et à 
la multiplicité mal entendue des ornements 55 ». 
Néanmoins il ne s’agissait pour lui en aucun cas 
d’une architecture décadente. De façon géné- 
rale, la décadence en architecture n’arrivait, selon 
lui, que très tardivement et bien plus tardivement 
que dans les autres arts: l’architecture n’étant 
pas un art d’imitation, elle dépendait beaucoup 
plus fortement de l’expérience accumulée et 
conservait ainsi plus longtemps un niveau de per- 
fection acquis durant les meilleures époques. 
Ainsi, Wood revenait aux idées fondamentales 
qui nourrissaient la pensée architecturale de la 
Renaissance. 


OLGA MEDVEDKOVA 


Dans le contexte britannique, les formes déco- 
ratives publiées par Wood furent directement 
employées par les architectes : par Borra lui- 
même qui resta quelques années en Angleterre, 
mais également par Adam. Elles furent ensuite 
reproduites à travers les ouvrages gravés, 
comme ceux de Michelangelo Pergolesi 56 . Ces 
citations archéologiques, qui renvoyaient aux 
livres, reconnaissables uniquement par les 
savants, devenaient ainsi un autre « lieu » où se 
retrouvaient les membres de la République 
des lettres. 

Quant aux architectes français, ce n’est pas à 
Paris mais plutôt à Rome qu’ils se montrèrent 
sensibles aux éditions de Wood. Charles Joseph 
Natoire en parlait dans une lettre au marquis de 
Marigny du 24 décembre 1 754 57 . Les dessins 
d’après les plafonds de Palmyre furent réalisés 
par Marie Joseph Peyre pendant son séjour à 
Rome en 1 753-1756, peut-être sous l’influence 
de Chambers, qui pouvait lui avoir montré 
l’ouvrage 58 . En revanche, à Paris, les auteurs 
de V Encyclopédie s’en servirent bien plus tôt 
que les membres de l’Académie royale d’ar- 
chitecture. En effet, si dans le volume II de 
V Encyclopédie, paru en 1 751 , l’article « Balbec » 
ne contenait que deux lignes 59 , dans le volume XI 
publié en 1765 le chapitre « Palmyre» compre- 
nait sept colonnes. L'auteur de ce chapitre, le 
chevalier de Jaucourt, y présentait l’abrégé du 
texte de Wood, auquel il renvoyait par ailleurs 
régulièrement en en faisant un véritable éloge 60 . 
Il admirait aussi bien les hommes que leurs livres. 
Les trois Anglais étaient, selon lui, des « hommes 
illustres, riches, unis par l’amour qu’ils avaient 
pour les antiquités et pour les beaux arts, l’habi- 
tude où ils étaient de voyager, savants dans le 
dessin et dans l’art de lever des plans 61 ». Ainsi, 
de Jaucourt leur attribuait des qualités qu’ils 
n’avaient pas, notamment dans le domaine 
des plans et des dessins d’architecture. Leurs 
ouvrages étaient également admirables : « Ils 
nous ont donné les ruines de Palmyre, que le 


public désirait avec empressement. Cet ouvrage 
magnifique publié à Londres en 1 753, en anglais 
et en français, contient cinquante-sept planches 
de forme d’atlas, et qui sont admirablement 
gravées 62 . » 

Malgré l’empressement qu’évoquait de Jaucourt 
et que nous pouvons tout de même sentir à 
travers les quelques comptes rendus attribués 
à Blondel 63 , ce n’est que bien plus tard que 
les deux ouvrages de Wood, en même temps 
que celui de Major (!) furent discutés par les 
membres de l’Académie royale d’architecture. 
Le 27 novembre 1775, ces trois livres furent 
offerts à l’Académie par le comte d’Angiviller. Le 
cadeau ne donna pourtant lieu à la discussion 
qu’en 1 782. À la date du 1 8 mars de cette année, 
nous pouvons lire dans les procès-verbaux : 
« L’Académie étant assemblée, elle s’est entre- 
tenue des ruines des villes de Palmyre et de 
Balbec 64 .» Il n’est sans doute pas superflu de 
remarquer qu’entre-temps, en 1778, le règle- 
ment académique officialisait le rôle des études 
archéologiques dans la formation de pension- 
naires français à Rome. 

C’est à la charnière des deux mondes - celui de 
l’érudition et celui de l’architecture - qu’il faut 
situer sans doute la parution des nombreuses 
planches regravées d’après les deux volumes 
de Wood dans la Suite du recueil de planches 
de l’Encyclopédie parue en 177 7 65 . Les 
chapitres «Antiquités» et «Architecture», qui 
d’ailleurs se suivaient, enrichis par des images 
du type antiquaire, furent particulièrement bien 
fournis dans ce complément, dont l’histoire et 
la composition présentent encore de nombreux 
problèmes aux chercheurs. Le domaine des 
antiquités y fut notamment élargi avec des monu- 
ments romains aussi bien qu’extra-romains. 
Les sites de Palmyre et de Balbec furent pré- 
sentés chacun par quatre planches. Il est impor- 
tant de remarquer que les planches regravées 
sous la direction de Bénard ne reprenaient 
que deux types d’illustrations présentes dans 


CLAUDE NICOLAS LEDOUX ET LE LIVRE D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS 
LA PENSÉE ARCHITECTURALE FRANÇAISE DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES 


L’ÉDITION DES LIVRES D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS DANS L’ANGLETERRE 
DU XVIII e SIÈCLE 


l’ouvrage de Wood, à savoir la carte du site 66 , 
et les plans et élévations architecturaux. Les 
vues pittoresques en furent bannies (seul un frag- 
ment fut repris pour la ruine du temple circulaire 
à Balbec). Par ailleurs, une confusion importante 
fut introduite dans la présentation des planches 
de Palmyre, où la façade du « petit temple» fut 
légendée comme celle d’une sépulture et asso- 
ciée au plan d’une sépulture réelle, avec lequel 
elle n’avait rien en commun. Cette confusion du 
temple avec un monument funéraire n’était sans 
doute pas innocente. 

Il apparaît qu’à Paris, vers la fin du xvm® siècle, 
les Ruines de Palmyre, en version française, 
n’étaient plus disponibles. Entreprise par Didot, 
la réédition parisienne, qui reprenait la version 
française de la publication londonienne, parut 
en 1819, mais fut sans doute conçue dès les 
années 1790 (certaines planches sont datées 
de 1796 67 ). Cette édition faisait partie d’une 
entreprise plus vaste de la réédition des anti- 
quités. En effet, chez le même Didot fut éditée, 
notamment en 1808-1822, la première traduc- 
tion française des quatre volumes de Stuart et 
Revett 68 dont la réédition française fut publiée 
en 1842 cette fois par Legrand 69 . Ainsi, à partir 
des années 1800-1810, les ouvrages britan- 
niques prenaient de plus en plus d’importance 
dans le contexte français. Or, ils y apparaissaient 
sous une forme nouvelle, souvent réduite. Ainsi, 
l’édition de Palmyre par Didot n’était plus un 
ouvrage de luxe pour les amateurs savants 
et raffinés, mais plutôt un livre d’architecture 
destiné aux professionnels. 

La réédition de Wood par Didot doit nous paraître 
d’autant plus importante qu 'entre-temps parut 
à Paris une autre publication, française cette 
fois-ci, consacrée à Palmyre et à Balbec. Les 
deux Voyages pittoresques de Louis François 
Cassas 70 furent en effet très fortement influen- 
cés par l’entreprise éditoriale et intellectuelle 
de Wood. Dans certains cas, Cassas renvoyait 
à ses sources 71 . Mais plus que dans quelques 


citations, l’influence de Wood se sentait dans le 
désir de Cassas de dépasser son entreprise en 
offrant, comme il l’écrivait lui-même dans le pros- 
pectus de son premier ouvrage, « les magni- 
fiques ruines de Palmyre, sous les aspects 
nouveaux et avec des détails qui n’ont point été 
publiés [...] 72 » Cette compétition se sentait 
notamment dans l’extrême diversité des points 
de vue dans la représentation des ruines, 
ainsi que dans l’augmentation considérable du 
nombre des motifs décoratifs. À Palmyre, Cassas 
porta une attention particulière à l’architecture 
extrêmement dépouillée des tombes, en en don- 
nant, par rapport au livre de Wood, un nombre 
bien supérieur d’exemples. À la différence 
du premier, qui ne donna lieu qu’à des cahiers 
de planches, le second Voyage de Cassas, qui 
incluait Balbec, fut édité comme un livre du type 
woodien à part entière, accompagné d’un texte 
rédigé par Joseph Lavallée. Il fut par ailleurs très 
influencé par l’ouvrage de Adam sur Spalato, 
que Lavallée attaquait pourtant violemment : 
«Après Spon et Weller, l’abbé Fortis et Norris, 
qui sont à peu près les seuls écrivains qui soient 
entrés dans quelques détails sur l’Istrie et la 
Dalmatie, vient Adam, dont le voyage est beau- 
coup plus moderne : mais celui-ci a voyagé 
comme un Anglais, c’est-à-dire avec une philo- 
sophie relative, avec cet égoïsme national qui 
compte l’Angleterre pour tout et le reste du 
monde pour rien. En général les Anglais ne voya- 
gent pas comme les autres hommes ; et sou- 
vent dans leurs relations, le désir de s’approprier 
perce avant le désir de s’instruire 73 . » Trois ans 
après sa parution, ce livre fut traduit en anglais 
et publié en format in-octavo avec sept planches 
gravées en technique de mezzo-tinto 74 . Du texte 
de Lavallée, les éditeurs britanniques ne conser- 
vèrent que la description du voyage de Cassas, 
en faisant grâce aux lecteurs de la compilation 
historique ainsi que du passage cité plus haut. 
Le musée d’architecture de Cassas, tel qu’il fut 
décrit par Jacques Guillaume Legrand, montrait 


OLGA MEDVEDKOVA 


également une forte inspiration anglaise 75 . L’idée 
même du musée semble avoir été inspirée par 
le prototype anglais : « On sait avec quel succès 
ces exhibitions sont pratiquées à Londres, et les 
avantages qu’elles procurent aux propriétaires 
des collections précieuses [...] 76 » Les références 
aux ouvrages anglais y étaient fréquentes : 
Stuart et Revett pour la Grèce, Chambers pour 
la Chine, ou encore l’ouvrage d’Harcarville, 
Supplément aux recherches sur l’origine , l’es- 
prit et les progrès des arts de la Grèce , paru 
en français à Londres en 1785. La référence à 
l’architecture de Palmyre et de Balbec y fut 
constante 77 . En parlant de ces ruines, Legrand 
citait « MM. Vood et Hawkins [sic] » en précisant 
que, bien que Cassas ait pu lui-même dessiner 
ces ruines, les gravures des ouvrages anglais lui 
étaient toujours utiles 78 . Legrand hésitait encore 
très fortement à conseiller aux architectes de se 
servir du modèle palmyrien, qu’il déterminait 
comme « une idée de ce luxe d’architecture, tout 
à fait inconnu avant la découverte de Palmyre 79 ». 
Ainsi, tantôt il conseillait d’utiliser le « Portique 
des Marchands » aux façades des établisse- 
ments publics 80 , tantôt il réduisait la valeur de 
ce modèle au domaine du théâtre 81 . Dans son 
ton général, le texte de Legrand trahissait pour- 
tant une admiration devant la variété des formes 
et un désir de trouver, pour la décoration des 
édifices modernes, des décors riches et nou- 
veaux 82 . Ce vœu ne sera réalisé qu’à partir des 
années 1810, quand les fragments de Palmyre 
et de Balbec apparaîtront dans les décors ima- 
ginés par Charles Percier et Pierre François 
Léonard Fontaine 83 , ou encore feront partie des 
recueils des décorations préfabriquées, comme 
ceux de Joseph Beunat 84 . 

À la différence des deux livres de Wood, celui 
de Major offrait au public les exemples des 
« beautés mâles » primitives, tant louées par la 
critique française. Sa distribution en France fut 
d’ailleurs tout à fait exceptionnelle. Dans la liste 
des souscripteurs, nous trouvons les noms de 


douze Français 85 dont l’abbé Barthélemy, Pierre 
Jean Mariette, Remy, Leroy, Jacques Germain 
Soufflot et Gabriel Martin Dumont. Un an après 
la publication de Major, Dumont semblait y 
répondre directement. En reprenant les gravures 
d’après les dessins de Soufflot, parues dès 
1764 86 , il publiait un livre intitulé, comme celui 
de Major en version française : Les Ruines de 
Paestum 87 . Ce titre, de même que la mention 
du lieu de l’édition à Londres, qui était sans doute 
fausse, prêtait à confusion : du dictionnaire 
Michaud aux catalogues français modernes, le 
livre de Dumont figure comme la traduction de 
celui de Major. Or, pour son texte, Dumont s’était 
servi d’un tout autre ouvrage, en donnant la ver- 
sion française par Jacques de Varenne du livre 
de John Longfield The Ruins of Paestum or 
Posidonia, parue à Londres en 1767 88 . Dumont 
avait sans doute très bien saisi le prestige d’un 
ouvrage adressé à la fois aux architectes, aux 
savants et aux amateurs. À ses gravures « archi- 
tecturales » publiées en 1 764, il ajouta quelques 
autres, du type antiquaire. Dans le commentaire 
de l’une de ces gravures, le marquis de Marigny 
fut décrit comme un antiquaire «à l’anglaise» : 
« M. le Marquis de Marigny, qui se trouvait à 
Naples en 1 750, fut le premier qui pénétra dans 
ces ténèbres catacombes, par le passage que 
les ouvriers venaient d’ouvrir 89 . » 

Si Dumont ne faisait qu’imiter l’édition britan- 
nique, un autre Français, l’architecte Claude 
Mathieu Delagardette, en tirait des conclusions 
bien plus radicales. Ainsi, en 1786, dans son 
ouvrage sur Vignole, il ajouta l’ordre dorique 
de Paestum aux cinq ordres canoniques 90 . Ce 
fut d’ailleurs dans ce Vignole que parut pour 
la première fois dans un contexte normatif, 
et après celles de Vignole et de Michel-Ange, la 
porte de l’hôtel d’Uzès, « exécutée au faubourg 
Montmartre sur les dessins de M. Le Doux, 
architecte du roi 91 ». Pour Delagardette, l’in- 
fluence de l’édition de Major ne s’arrêta pour- 
tant pas là. En 1793, il réalisa un voyage à 


CLAUDE NICOLAS LEDOUX ET LE LIVRE D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS 
LA PENSÉE ARCHITECTURALE FRANÇAISE DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES 


L’ÉDITION DES LIVRES D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS DANS L’ANGLETERRE 
DU XVIII e SIÈCLE 


Paestum, entreprit de remesurer les ruines et 
publia son propre ouvrage intitulé une fois de 
plus Les Ruines de Paestum 92 . Bien qu’il empor- 
tât avec lui une bibliothèque entière et donnât 
dans son ouvrage une bibliographie quasi 
complète des publications sur Paestum, qu’il 
critiquait presque toutes et tout particuliè- 
rement celle de Dumont, les deux livres de Wood 
restaient sans doute ses modèles préférés. 
Ainsi décrivait-il ses sentiments à la première 
vision de Paestum : « La plus vive émotion a dû 
pénétrer les voyageurs heureux, qui ont pu 
vaincre les obstacles et parvenir à travers les 
plaines de la Grèce, de l’Asie et de l’Égypte, 
aux villes d’Athènes, de Balbec, de Palmyre et 
de Thèbes! Telle fut celle que j’éprouvai dans 


toute sa force en arrivant dans la Lucanie, en 
arrivant à Paestum 93 . » 

Ainsi, tout à la fin du siècle, un architecte res- 
tait sensible aux ouvrages de Wood, pour 
l’enthousiasme dont ils étaient empreints. Il 
s’agissait désormais de servir davantage le corps 
professionnel des architectes que les membres 
de la République des lettres 94 . Et, en effet, le 
livre d’architecture perdit de plus en plus son 
caractère polyvalent. S’il contenait encore un 
fort accent « républicain », c’est grâce à la 
discussion internationale qu’il perpétuait, en 
répondant tout particulièrement aux Anglais, 
notamment à ceux qui, parmi eux, dans leur 
prétention européenne, firent l’effort d’être 
immédiatement disponibles en français. 


1 

Cet article fait partie de mon projet 
de recherche, actuellement en cours, 
sur la traduction et la circulation des livres 
d’architecture dans l’Europe du 
xvm e siècle. 

2 

Fabbricche Antiche disegnate da Andrea 
Palladio Vicentino e date in luce da 
Ricardo Conte di Burlington, Londres, 
1730. 

3 

Voir par exemple BNF, Mss, mf, 21994, 

« Registre des Livres d’impression 
étrangère présentés à Monsieur 
Le Chancelier pour la permission de 
débiter depuis le 24 10 1750». 

4 

Nicholas Savage, préface, The Mark 
J. Millard Architectural Collection, vol. II. 
British Books. Seventeenth through 
Nineteenth Centuries, New York, 1 998, 
p. IX. 

5 

Vignola or The Complété Architect, 
translated into English, by Joseph Moxon, 
Londres, J. Moxon, 1655; The First Book 
of Architecture by Andrea Palladio, 


translated out ofltalian, with an Appendix 
touching Doors and Windows, 
by Pr le Muet, Architect to the French 
King, Londres, J. M., G. Richards, etc., 

1 668. Pour la plupart des ouvrages cités 
dans cet article, nous avons consulté 
les dictionnaires et catalogues suivants : 
Howard Colvin, A Biographical Dictionary 
of English Architects, 1660- 1840, 

Londres, Murray, 3 e éd. 1 995 ; 

Hall Fowler et E. Baer, The L. Fowler 
et £ Baer, Architectural, coll. of the John 
Hopkins University, Baltimore, 1961 ; 

E. Harris, N. Savage, British Architectural 
Books and Writers, 1556- 1 785, 
Cambridge, 1990; N. Savage, G. Beasley, 
A. Shell, et al., Early Printed Books 
1478-1840 : Catalogue ofthe British 
Architectural Library Early Imprints 
collection, Londres et Munich, 1 994-2003, 

5 vol. ; The Mark J. Millard Architectural 
Collection, vol. II. British Books. 
Seventeenth through Nineteenth 
Centuries, introduction au catalogue 
de N. Savage, notices de R. Middleton, 

G. Beasley, N. Savage avec J. Franklin, 

E. Harris, P. W. Nash, A. Shell, bibl. 

C. Baines and G. Beasley, Washington, 
1993. 

6 

An Abhdgment of the Architecture of 


Vitruvius [. . .J first done in French by 
M. Perrault, Londres, Abel Swall & Child, 
1692. 

7 

The Art of Fair Building represented in the 
Figures ofSeveral Uprights ofHouses, 
with their Ground-plots [. . . ), by Pierre 
Le Muet..., Londres, Robert Pricke, 1670. 

8 

A Parallel of the Ancient Architecture with 
the Modem. . . written in French by Roland 
Freart, sieur de Chambray, made English 
by John Evelyn Esq. . . , Londres, 

John Place, 1664. 

9 

A Treatise of the Five Orders of Columns 
in Architecture. . . made English by 
John James of Greenwich, Londres, 

John Sturt, 1 708. 

10 

The Theory and Practice of Gardening. . . 
done from the French Original. . . 
by John James of Greenwich, Londres, 
Geo. James, Maurice Atkins, 1712. 

11 

A Treatise of Architecture, with Remarks 
and Observations . . . byS. Le Clerc . . . , 


OLGA MEDVEDKOVA 


engraven in two hundred copper plates 
byJohnSturt. Translatedby 
Mr. Chambers, Londres, W. Taylor, 
1723-1724. 

12 

Londres, David Mortier, 1 708. 

13 

Vitruvius Britannicus, or The British 
Architect . . . by Colen Campbell Esqr, 
Londres, the author, John Nicholson..., 
vol. 1-2, 1715-1717. 

14 

Londres, 1765. 

15 

Architecture de Palladio... nouvellement 
mis au jour par Jacques Leoni . . . , 
trad. de l’italien par N. Dubois, La Haye, 
Pierre Gosse, 1726. 

16 

The Ruins ofPalmyra , otherwise Tedmor, 
in the Desert, Londres, printed in the year 
1 753 ; Les Ruines de Palmyre, autrement 
dite Tedmor, au Désert, à Londres, 
chez A. Millar, dans le Strand, 1 753. 

17 

The Ruins ofBalbec, otherwise Heliopolis, 
in Coelosyria; Les Ruines de Balbec, 
autrement dite Héliopolis dans 
la Coelosyrie, Londres, Robert Wood 
and Andrew Millar, 1 757. 

18 

Ruins of the Palace of the Emperor 
Dioctetian at Spalatro in Dalmatia .... 
printed for the author, Londres, 1764. 

19 

Desseins des édifices, meubles, habits, 
machines, et ustencile s {sic] des Chinois. 
Gravés sur les originaux dessinés 
à la Chine par Mr Chambers, architecte, 
membre de l'Académie impériale des arts 
à Florence. Auxquels est ajoutée une 
description de leurs temples, de leurs 
maisons, de leurs jardins, etc., 

Londres, impr. J. Haberkorn, 
se vend chez l’auteur & chez A. Millar 
& J. Nourse, 1757. 

De même, la Dissertation sur le jardinage 

de l'Orient par de Chambers, 

trad. de l'anglais, Londres, W. Griffin, 


1772, de Chambers, parue en version 
anglaise et française. 

20 

Ruins ofPaestum ; Les Ruines 
de Paestum, ou de Posidonie, dans 
la Grande Grèce. Par T. Major, graveur 
de Sa Majesté britannique. Traduit 
de l’anglais, Londres, chez T. Major, dans 
St. Martin ’s Lane, impr. J. Dixwell, 1768. 

21 

The Baths of the Romans explained and 
illustrated with the Restorations of 
Palladio corrected and improved. . . , 

Les Bains des Romains..., Londres, 

S. Leacroft, 1772. 

22 

The Works of Architecture of Robert and 
John Adam..., Londres, P. Emsly, 1774. 

23 

A New Collection of Chimney Pièces, 
Omamented in the Style of the Etruscan, 
Greek, and Roman Architecture. . . 
with description of the plates in English 
and French, Londres, 1 781 . 

24 

Traduit en français par M. le duc 
de Nivernois en 1 784, Strawberry-Hill, 

T. Kirgate, 1785. 

25 

A Comparative View of the Ancient and 
Présent State of the Troade. To which is 
prefixed an Essay on the Original Genius 
ofHomer, 1 767 {An Essay on the Original 
Genius and Writings ofHomer, Londres, 
H. Hughs [etc], 1775). Cet ouvrage fut 
également illustré avec des gravures 
d’après les dessins de Borra. 

Voir T. J. B. Spencer, «Robert Wood and 
the problem of Troy in the eighteenth 
century », Journal of the Warburg and 
Courtauld Institutes, 20, 1957, p. 75-105; 
J. A. Butterworth, «The Wood 
Collection», Journal ofHellenic Studies, 
106, 1986, p. 197-200; ld., «Robert 
Wood and Troy: a comparative failure», 
Bulletin of the Institute ofClassical 
Studies, 32, 1985, p. 147-154. 

26 

The Mark J. Millard, op. cit. (supra, note 4), 
vol. II., p. 345-346; 


Max Kunze, « Pergamon im Jarhe 1750. 
Reisetagebücher und Zeichnungen von 
Giovanni Battista Borra», DerAntike Welt, 
n° 3, 1 995, p. 1 77-186 ; Walter Canavesio, 

« Anni di apprendistato. Giovanni Battista 
Borra nello studio di Vittone », Studi 
piemontesi, vol XXVI - 2, nov. 1997, p. 365- 
381 ; Olga Zoller, « Giovanni Battista Borra 
disegnatore e architetto nel Levante 
e in Inghilterra», in Giuzeppe Dardanello, 
dir., Sperimentare l'architettura. Guarini, 
Juvarra, Alfieri, Borra e Vittone, Turin, 
Fondazione CRT, Cassa di Risparmio di 
Torino, 2001 , p. 218-279. 

27 

Réflexions sur l'alphabet et sur la langue 
dont on se servait autrefois à Palmyre, 
Paris, 1754. 

28 

Op. cit. (supra, note 1 6), p. 35. 

29 

Sur les critiques contre George Vertue, 
voir Martin Myrone, «Graphie 
antiquarianism in eighteenth century 
Britain : the career and réputation of 
George Vertue (1 684-1 756) », in Martin 
Myrone, Lucy Peltz, éd., Producing the 
Past. Aspects of Antiquarian Culture and 
Practice 1700-1850, Ashgate, 2000. 

30 

Arnaldo Mamigliano, «Ancient history and 
the antiquarian », Journal of the Warburg 
and Courtauld Institutes, vol. XIII, n e 1-2, 
1950, p. 285-315. 

31 

BNF, Inventaire du fonds français, t. IX, 
p. 272-283. 

32 

Ce fut lui notamment qui grava les 
dessins de Palladio pour les Fabbricche 
antiche de Burlington (supra, note 2). 

33 

Designs oflnigo Jones, s.l., 1727. 

34 

The Plans, Elévations and Sections, 
Chimney-pieces and Cielings of 
Houghton in Norfolk, the Seat of the 
Honorable Sr. Robert Walpole..., Londres, 
I. Ware, 1735. 


CLAUDE NICOLAS LEDOUX ET LE LIVRE D'ARCHITECTURE EN FRANÇAIS 
LA PENSÉE ARCHITECTURALE FRANÇAISE DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES 


L’EDITION DES LIVRES D’ARCHITECTURE EN FRANÇAIS DANS L’ANGLETERRE 
DU XVIII e SIÈCLE 


35 

Tels que Johann Sébastian Müller et 
Tobias M. Müller junior. 

36 

En représailles contre l'emprisonnement 
des Français par les Anglais lors de 
la bataille de Culloden. 

37 

BNF, Est, Cd-1 (XVIII), Major, 

« Les voyageurs». Berghem pinx. 

T. Major sculp. 1748. À Paris, chez 
l'auteur rue S. Jacques «vis-à-vis 
le Charnier de S. Benoist ». 

38 

Recueil des œuvres de T. Major, graveur 
de S. M. Britannique, qui consiste en 
tailles-douces gravées d'après les 
meilleurs tableaux des grands maîtres, 
conservés dans les cabinets les plus 
célèbres de l’Angleterre & de la France; 
imprimées sur du papier grand-aigle, 

& formant un volume grandeur d’atlas; 
ces estampes se vendent ensemble 
ou séparément chez le graveur, 
en St. Martin's Lane, Londres 1768. 

39 

Les catalogues de vente de plusieurs 
collections rédigés par Remy (Blondel 
de Gagny et Randon de Boisset, par 
exemple, publiés en 1776 et 1777) se 
vendaient à Londres chez Thomas Major. 

40 

Zoller, op. cit. (supra, note 26), p. 224-257. 

41 

Les Ruines de Balbec, op. cit. (supra, 
note 1 7), préface non paginée. 

42 
Ibid. 

43 

Que par ailleurs Chambers allait utiliser 
plus tard pour illustrer son Treatise on Civil 
Architecture, Londres, A. Millar, 1 759. 

44 

Desseins des édifices..., op. cit (supra, 
note 19), préface non paginée. 

45 

Les Ruines de Paestum, op. cit. (supra, 
note 20). 


46 

Suitte de Plans, Coupes, Profils, 
Elévations géometrales et perspectives 
de trois temples antiques, tels qu'ils 
existoient en mil sept cent cinquante, 
dans la bourgade de Paesto. . . Ils ont été 
mésurés et dessinés par J. G. Soufflot, 
architecte du roi, en 1 750. Et mis au jour 
parles soins de G.-M. Dumont, en 1764. 
À Paris, chez le Sr Dumont, professeur 
d’ Architecture à l’hôtel Jabach. La veuve 
Chareau, rue St. Jacques, aux deux 
Piliers d’or. APR. 

47 

Suzanne Lang, « Early publications of the 
temples at Paestum », Journal of the 
Warburg and Courtauld Instituts, t. XIII, 
1950, p. 48-54 ; M. McCarthy, « New light 
on Thomas Major's Paestum », in J. Serra, 
éd., Paestum and the Doric Revival, 

1980, p. 47-50; Dana Arnold, «Count 
Gazola and the temples at Paestum. 

An influential Grand Tour guide», Apollo , 
1992, August, p. 95-99. 

48 

The Mark J. Millard, op. cit. (supra, 
note 4), vol. Il, n°41, p. 151 -161. 

49 

Voyage en Italie de M. l'abbé Barthélemy, 
de l’Académie française, de cette 
des inscriptions et belles-lettres, et auteur 
du voyage d’Anacharsis ; imprimé sur 
ses lettres originales écrites au comte 
de Caylus..., Paris, F. Buisson, 1802, 
p. 49-50 et 57-60. 

50 

Ibid., p. VIII. 

51 

Ibid. 

52 

BNF, Est, Gd 35, exemplaire de «luxe» 
relié aux armes du roi, avec la première 
planche «Vue des ruines de Palmyre» 
montée sur trois feuilles encadrées 
à l'encre brune. 

53 

Relation de l’expédition de William Halifax 
of Oxford, Philosophical Transactions of 
the Royal Society (1695, oct, nov., déc.), 
Cornelis de Bruyn, Reisen. . ., 1 698 ; 
Voyage au Levant, Paris, 1 700; Cornélius 


Loos, repris par Fischer von Erlach, 
Entwurff einer historischen Architectur. . . , 
Vienne, 1712. 

54 

The Ruins ofPalmyra, op. cit. (supra, 
note 1 7), p. 1 5. 

55 

Ibid., p. 16. 

56 

Original Designs. 1777-1801. 

57 

The Mark J. Millard, op. cit. (supra, 
note 4), II, p. 248. 

58 

Zoller, op. cit. (supra, note 26), p. 261. 

59 

P. 32 : « Balbec : ville d'Asie dans la Syrie ; 
il y a de beaux restes d’antiquités. » 

60 

Ibid., t. XI, Paris, 1765, p. 796-802. 

61 

Ibid., p. 797. 

62 

Ibid, p. 797-798. 

63 

Blondel allait en parler par ailleurs dans 
le 4e volume de son Architecture 
française, paru en 1 756, p. 40. 

64 

Procès-verbaux de l'Académie royale 
d'architecture, publiés par H. Lemonnier, 
Paris, 1911-1926, t. VIII, p. 242; t. IX, p.69. 

65 

Suite du recueil de planches sur 
les sciences, les arts libéraux et les arts 
mécaniques, avec leur explication. 

Deux cent quarante-quatre planches, 
Paris, Panckoucke, Stoupe, Brunet, 
Amsterdam, MM. Rey, 1777. 

66 

Ibid., «Antiquités. Ruines de Palmyre», 
pl. 1 (repris in Wood, 1753, pl. II). 

67 

À Paris, chez A. Constantin éditeur, Firmin 


OLGA MEDVEDKOVA 


Didot, Bance marchand d’estampes, 

1819. Les planches de l’édition originale 
regravées par Ch. G. Coupeau, Coquet, 
Réville, Heluis. 

68 

Les Antiquités d'Athènes, t. I-IV, Paris, 
Firmin Didot, 1808-1822. 

69 

Galerie antique, ou collection des chefs- 
d'œuvre d'architecture, de sculpture 
et de peinture antiques. Monuments 
de la Grèce, gravés d'après les meilleurs 
auteurs, comparés entre eux, et 
accompagnés d'un texte historique, 
analytique et descriptif, par J. G. Legrand, 
Paris, chez Durand, 1842. 

70 

Voyage pittoresque de la Syrie, 
de la Phoenicie, de la Palestine, et de 
ta Basse-Égypte contenant environ trois 
cents planches gravées, Paris, impr. de 
la République, 1 796 ; Voyage pittoresque 
et historique de l'Istrie et de la Dalmatie, 
rédigé d'après l'itinéraire de L.-F. Cassas, 
par Joseph Lavallée..., Paris, Née, 1802. 
Voir Henri Boucher, « Louis-François 
Cassas», Gazette c/es beaux-arts, 1926, 
juillet-août, p. 27-53, 209-231 ; 

Colin McMordie, «Louis-François Cassas: 
The formation of a neo-classical 
landscapist», Apollo, mars 1976, p.228- 
230; Louis-François Cassas, 1756-1827, 
dessinateur-voyageur, cat. exp., Mainz 
am Rhein, verlag Philipp von Zabern, 1994. 

71 

Voyage pittoresque de la Syrie, op. cit. 
{supra, note 70), vol. Il, pl. 16, 

« Entablement du temple du Soleil à 
Baalbek. Représentation au trait du 
dessin de ce même entablement donné 
en 1 758 par les auteurs anglais». 

72 

Ibid., prospectus. 

73 

Voyage pittoresque et historique de 
l'Istrie..., op. cit. {supra, note 70), p. 3-4. 

74 

Travets in Istria and Dalmatia, drawn up 
from the itinerary ofL.-F. Cassas, author 
and editor of the picturesque travels in 


Syria, Phenicia, Palestine and Lower 
Egypt, by Joseph Lavallée, member of the 
poiytechnic society. . ., translated from the 
French, Londres, Richard Phillips, 1805. 

75 

Collection des chefs-d’œuvre de 
l'architecture des différents peuples, 
exécutés en modèles, sous la direction 
de L-F. Cassas, auteur des voyages 
d'Istrie, Dalmatie, Syrie, Phoenicie, 
Palestine, Basse-Égypte, etc., décrite 
et analysée par J. G. Legrand, architecte 
des monuments publics, membre de 
plusieurs sociétés savantes et littéraires, 
Paris, impr. Le Blanc, 1 806 ; Werner 
Szambien, Le Musée d'architecture, 

Paris, Picard, 1988. 

76 

Ibid, p. XXIII. 

77 

Ibid., p.101. 

78 

Ibid., p. 1 16. 

79 

Ibid., p. 126-127. 

80 

Ibid, p. 123. 

81 

Ibid., p. 127. 

82 

Ibid, p. 162-163. 

83 

Recueil de décorations intérieures..., 

Paris, chez les auteurs, 1827. 

84 

Manufacture de décors d'architecture, 
de meubles, etc. du sieur Joseph Beunat 
à Strasbourg, 1810. 

85 

Contre quatre Français dans la liste 
de souscription pour l’ouvrage 
de Robert Adam. 

86 

Qui figuraient dans son catalogue comme 
un cahier de gravures Catalogue 


de l’œuvre complet de M. Dumont, 
professeur d’architecture . . . , n° 2, 

« Les vues, plans, coupes et élévations 
de trois temples antiques de la ville 
de Paestum dans la grande Grèce au 
Royaume de Naples» (16 planches). 

« La même suite de gravures fait aussi 
partie d’un volume intitulé les Ruines 
de Paestum dont le texte est la traduction 
libre d’un ouvrage qui parut à Londres 
en 1768...» 

87 

Les Ruines de Paestum, autrement 
Posidonia. .., traduction libre de l’anglais, 
imprimé à Londres en 1 767, par M '***, 

À Londres et se trouve à Paris, chez 
Charles Antoine Jombert et l'auteur, 

1769. 

88 

L'ouvrage de Longfield fut publié 
anonymement sous le titre The Ruins of 
Paestum or Posidonia, a City of Magna 
Graecia in the Kingdom of Naples, 
Londres, 1767. 

89 

Les Ruines de Paestum. ..,op. cit. {supra, 
note 87), p. 7. 

90 

Règles des cinq ordres d'architecture de 
Vignole, avec un détail d'un ordre dorique 
de Paestum... parC. M. Delagardette, 
architecte..., Paris, Chéreau, 1786, 
pl. 44-46. 


91 

Ibid., pl. 59-60. 

92 

Les Ruines de Paestum ou Posidonia, 
ancienne ville de la Grande Grèce, 
à vingt-deux lieues de Naples, dans le 
golfe de Salerne: levées, mesurées et 
dessinées sur les lieux, en l’an II, Paris, 
chez l’auteur et chez H. Barbou, 1799. 

93 

Ibid., p. 3. 

94 

Voir notamment la liste des souscripteurs 
de Delagardette, composée 
essentiellement d’architectes.